Ces 3 photographes qui sont importants pour moi

INTRODUCTION
Voilà un sujet somme toute très personnel, mais ô combien important dans la vie d’un photographe. Après tout, ce sont eux, ces modèles, qui nous inspirent, nous bouleversent ou nous éblouissent. Loin de tomber dans la fan attitude (ce que j’aime moins), mais plutôt dans une certaine admiration.
Et commencer l’article par cette image fascinante de Steve McCurry avec « La Petite Fille afghane », certes une des plus vues au monde mais toujours aussi impactante, permet de poser les bases de la vision que j’ai de la photographie : celle d’une vision très souvent humaniste, où le paysage est une composante du sujet humain principal.
Ma passion pour la photo est venue assez tard malgré tout, en 2006. Une amie me montrait des photos qu’elle faisait de ses amies et j’ai senti d’un coup un intérêt grandissant. J’ai commencé, du haut de mes 25 ans, à chercher ce qu’on pouvait trouver dans la photographie. Loin de moi l’idée, à l’époque, de même penser que je le serais d’une certaine manière.
Mais je suis tombé sur des photographes locaux de mariage, de portrait, et ensuite j’ai cherché, un peu bêtement, qui étaient les plus grands photographes dans le monde.
Je vais vous présenter mes inspirations, ceux qui me fascinent toujours autant. Ceux qui sont des classiques de la photographie, ceux d’aujourd’hui que j’admire beaucoup, et je vais vous expliquer pourquoi. Se cultiver en regardant ce que font ces personnes m’a permis de grandir dans ma pratique. Malgré des domaines différents, me replonger dans leurs œuvres permet à mon œil de reprendre un certain cap.
De McCurry à Lindbergh, en passant par les contemporains Micmojo ou Solène Jakovski, je vais vous présenter ces personnages importants dans ma vie de photographe.
La liste pourrait être bien plus longue car des grands photographes, j’en ai plein en tête, mais j’ai décidé de vous présenter les trois premiers qui me sont venus à l’esprit.
1. La photographie n’est pas ce que l’on croit

Ici, je ne vais pas chercher à glorifier l’outil, je vais par contre glorifier les résultats, ce que les images produites par ces personnes peuvent avoir comme impact.
Je vais garder beaucoup d’humilité car, comme tout art, il faut savoir rester à sa place. Je vais exprimer ma passion à ma façon, certains y trouveront, à raison, que ma vision est très personnelle sur le sujet. Cela tombe bien, car il n’y a pas de vérité universelle sur une œuvre, chacun a le droit et le plaisir de l’interpréter à sa façon. D’ailleurs, on peut dire la même chose de tous les arts existants. Je pense que, comme un film, un documentaire, un livre ou une chanson, s’attarder sur une œuvre, quelle qu’elle soit, permet de faire marcher notre vision et de s’exprimer.
L’œuvre interroge, divise, rassemble ou fascine. Mais l’œuvre permet à chacun de nous de grandir sur ce qu’elle projette.
Ouvrez les yeux, arrêtez-vous devant une image et analysez-la. Qu’elle soit spontanée ou pensée, l’image est respectable. On oublie la technique, ce n’est pas le plus important.


©Jeff Widener
https://www.jeffwidener.com/

Photographe Inconnu
La première est légère, la seconde est grave et impactante, la troisième impressionne. Certains se dresseront vent debout d’oser mettre un selfie d’acteurs hollywoodiens à côté d’un combat d’étudiants contre un système ou des ouvriers prenant tous les risques pour gagner leur pain quotidien.
Et c’est là toute la magie de la photographie, qui permet une multitude d’images allant de la légèreté à l’image forte.
Que l’on soit passionné ou pas, on a tous, à un moment donné, eu une interrogation sur une image et ce qu’elle dit. En cela, on voit donc que la photographie peut être accessible à tous. L’accessibilité à la photographie n’oblige pas à la pratique, mais elle permet de s’y intéresser.
Et vous, vous souvenez-vous d’une image marquante ? Cela peut être une photo souvenir avec l’un de vos proches ou amis, ou bien la dernière avec votre fils ? Ou encore une image d’un photojournaliste dans un quotidien ?
De mon côté, ma sensibilité est façonnée par les images que je vois quotidiennement dans les médias ou même de mes propres yeux. Il n’en fallait pas plus pour me pencher sur ceux qui pouvaient me bouleverser, me fasciner ou me rendre humble. L’humilité est sans doute ce qui ressort le plus quand j’admire le travail des autres. Pas par manque de confiance (quoi que ça arrive souvent malgré tout, à vouloir toujours faire mieux). Non, l’humilité d’être témoin des événements qui nous entourent et se sentir parfois privilégié d’être simple témoin. C’est ça que j’aime dans la photographie.
En 2022, en vacances dans les Pyrénées, dans la vallée du Louron, je me souviens d’une petite randonnée au milieu de la montagne, de m’arrêter et de tourner sur 360° et de me dire que cette solitude était ma définition du luxe. Ce luxe que j’avais de pouvoir photographier cette scène de mes yeux en étant le seul témoin, c’était pour moi l’une de mes plus belles photographies, et tout ça sans avoir déclenché la moindre photo.
Ceux qui ont eu la chance, un jour, de voir le fabuleux film de Ben Stiller « La vie rêvée de Walter Mitty » comprendront l’analogie et le ressenti. La photographie, c’est donc parfois ce luxe de ne la partager qu’avec soi.
2. Ceux qui ont façonné mon regard
Robert DOISNEAU

C’est le premier que j’ai découvert, un classique pourrait-on dire. Il est tellement connu partout que c’est comme citer les « Beatles » en musique. L’école élémentaire du bourg où je réside s’appelle « École Robert Doisneau », un signe, non ?
Mais je ne pouvais pas passer à côté, car il représente pour moi celui qui photographiait la vie. Résumer les plus de 400 000 clichés à ces photos de Paris serait réducteur, tant il a réalisé un nombre impressionnant d’autres images.
Ces trois photos très célèbres de Doisneau sont cependant assez représentatives de l’image qu’on a de lui. On y voit un mélange de compositions graphiques, de jeux avec les perspectives. Et j’avoue que cette façon de composer n’est pas pour me déplaire.



Derrière l’image de légèreté que l’on perçoit souvent du travail de Doisneau, il serait aussi réducteur de penser que les heures sombres de Paris n’ont pas empêché l’auteur de capturer des images fortes.
Au même titre qu’un reporter de guerre aujourd’hui, ou que Lee Miller, passée de la mode au photojournalisme, Robert Doisneau a aussi subi son époque. Il l’a immortalisée dans le bonheur, mais aussi dans des moments plus durs.
Il photographiait, au sens large, ce qu’était la réalité et, même si le « Baiser de l’Hôtel de Ville » est une mise en scène, ce n’est pas le cas de toutes ses images.


26 Août 1944


Vous l’aurez compris, mais ce premier nom dans la liste revêt une grande importance pour moi.
Doisneau n’était pas spécialisé, il était polyvalent, comme on le dirait aujourd’hui. En fait, il ne réfléchissait pas à se mettre dans une case. Il photographiait, point. Il était témoin de ce qu’il croisait : de la vie, du bonheur, de la tristesse, des gens qui travaillent ou tout simplement des journées qui passent avec tout ce qui peut les composer.
Et si vous voulez en découvrir plus sur l’artiste, n’hésitez pas à visiter le site officiel qui lui est consacré :
https://www.robert-doisneau.com/fr
Peter LINDBERGH

On est ici en face de quelqu’un que tout le monde connaît dans le milieu de la photographie de mode. La mode, un milieu pourtant bien éloigné du mien. Préférant de loin la nature aux artifices, le monde de la photographie de studio serait en réalité quelque chose sur lequel je ne devrais pas m’attarder.
Et c’est justement pour ça que la plupart des photographes de mode et ce qu’ils font ne m’intéressent guère. De ce fait, c’est certainement l’une des raisons qui fait que j’adore Peter Lindbergh. Un homme non destiné à la photographie à la base, mais plutôt à la peinture. Oui, lui qui allait faire de sa vie une carrière respectée dans la photographie de mode a étudié les beaux-arts avant de se lancer dans la photographie par la petite porte, en tant qu’assistant.
Lindbergh, je l’ai découvert avec l’une de ses photos les plus célèbres, rien d’original, vous me direz. Mais lorsque je voyais des photos de mode se ressemblant toutes les unes les autres, souvent en dénaturant l’idéal féminin en le voyant comme une espèce de perfection commune, je n’arrivais pas à accrocher à la proposition.
Dans la photographie de Peter Lindbergh, on y voit autre chose. Un style personnel, retouchant bien sûr ses photos, mais ne poussant pas la retouche à l’extrême pour transformer en une personne méconnaissable.

Vous le verrez par la suite, mais je n’ai que faire des artifices, quel que soit le domaine. Rien ne m’attire dans la création à l’extrême d’une scène photographique. Cela m’ennuie profondément, préférant la magie de ce qu’on appelle l’instant décisif. Un goût pour le photoreportage non dissimulé, n’est-ce pas ?
Bien entendu, je respecte le travail de ceux qui construisent ce type d’images. C’est juste que ça ne me parle pas, ou moins.



Un style volontairement axé sur la beauté de la femme comme elle devrait être.
Lindbergh s’impose rapidement avec un style reconnaissable entre mille :
- Mise en avant de la personnalité plutôt que du vêtement
- Noir et blanc dominant
- Lumière naturelle ou très douce
- Peu ou pas de retouches
- Décors bruts (plages, zones industrielles, rues)
Et voilà que l’on touche une fois de plus ce qui est le dénominateur commun des photographes que j’admire, l’humanité dans son plus simple appareil.



https://peterlindbergh.obys.agency
Steve McCurry

Tout comme Doisneau ou Lindbergh, Steve McCurry est ultra connu dans le milieu du photojournalisme. La petite fille Afghane reprise en photo de couverture de mon article est l’une des 10 ou 20 photos les plus célèbres du monde.
Avec McCurry, on est dans un univers bien plus coloré que Lindbergh qui faisait du noir et blanc pratiquement sa marque.
Au début pour moi, ses images étaient presque indissociables de l’Afghanistan tant il a amené ses témoignages photographiques de l’intérieur. Je suis touché par les images, il arrive à proposer des images réellement soignées dans leur composition.
Ses portraits sont magiques de sincérité et d’humanité, bien loin de l’univers tragique qu’on pourrait penser. Malgré une situation sur un fond tragique de guerre notamment à l’époque entre les Soviétiques et l’Afghanistan, même des combattants en armes arrivent à nous toucher.
C’est tout le talent du photographe qui arrive à capturer ces scènes dans toute leur sincérité, et du coup à me toucher.







Steve McCurry a ce don d’avoir contribué à me rendre plus humble face à nos soucis d’occidentaux. Me rendre compte que ses voyages servent une cause. En cela la photographie m’a fait moi m’interroger sur notre quotidien. Ainsi me rendre compte que nous sommes des privilégiés.
South Africa, 2009 ©Steve McCurry
Indissociable du portrait couleur, ses oeuvres sont des oeuvres d’art comme pourrait l’être une toile de maitre. Je vois dans ces portraits une intemporalité de l’image.
Il photographie les enfants avec une composition ne trahissant pas l’époque mais en les montrant dans leurs traditions et leurs vies de tous les jours.
Aucun anachronisme, aucune faute, toujours avec justesse et maturité.
Litang, Tibet, 2005 ©Steve McCurry





Vous voyez, maintenant ? C’est ce qui me plait chez lui et l’oeil qu’il pose sur ce qu’il vit et rencontre.
Il a ce don ou talent, même si on pourrait discuter des heures de ce qu’est le talent. Certains disent que le talent n’existe pas et que ce n’est que le fruit du travail. Sans aucun doute il y a une part de vérité.
Une part d’humanité, de sensibilité aussi qui s’ajoute et on a là la recette d’images qui marchent, qui marquent et impriment en nous leur message.
Je pourrais regarder des images de Steve McCurry pendant des heures. Je sais que je ne serais jamais déçu.
Ces 3 premiers photographes ne sont que les premiers qui m’ont marqué.
Je voulais vous partager ces quelques images, celles qui sont parmi un travail de photographe de rue, de mode ou de guerre.
3 styles différents pour une seule destination, celle de nous faire réagir.
L’image nous fait réagir et discuter et quand elle est prise loin de nous, elle nous révèle notre humanité. C’est comme ça que je vis l’image.
Vous aurez remarqué que ça fait du bien de lâcher le matériel photographique et de nous concentrer que sur le résultat.
Ici on aurait pu mettre un iphone dans les mains de chacun de ces 3 photographes que l’on aurait été tout autant ébloui.
Bientôt d’autres sujets sur d’autres photographes sur mon « journal »
